Vers un fonds souverain ?

Vers un fonds souverain ?
Invité par Fribourg International, Cédric Tille, Professeur d'économie à l’IHEID de Genève et membre du Conseil de banque de la BNS s’est exprimé, lors d’un lunch qui réunissait une vingtaine de membres, sur la baisse globale des taux d’intérêts. Il a mis en avant ses causes, perspectives et implications pour la politique monétaire.

Le professeur Tille a commencé par poser le cadre, en expliquant les raisons baisses des taux des banques centrales, jusqu'en territoire négatif pour la BNS et la Banque centrale européenne. Il a également posé le cadre et les limites de ces institutions, qui ont acquis un poids prépondérant dans la politique économique. Puis, il en a relevé les causes et les conséquences de ces phénomènes, avant d’émettre quelques options de rééquilibrage.

Les causes ?

Selon le Professeur Tille, les perspectives de croissance ont ralenti depuis la crise de 2008-09, reflétant une faiblesse structurelle de la demande. La baisse des taux s'explique aussi, en partie, par l'arrivée à la retraite des baby-boomers, qui étaient à l'origine d'une hausse de l'offre de travail durant leurs années d'activité.

Depuis la crise, nous avons vécu un processus d'accumulation de l’épargne, couplé au remboursement des dettes privées («deleveraging»). Le poids des pays émergents dans l’économie mondiale a augmenté, avec une forte épargne privée et publique. S’en est ensuivie une accélération de la demande d’actifs «sûrs», capables de garder leur valeur, même en cas de crise. Le problème, c'est que l’offre de ces actifs s’est fortement réduite depuis la crise. Les dettes hypothécaires titrisées, jusqu'alors considérées comme des placements solides, se sont révélées être un fiasco. Et puis, certains Etats ont cessé d’être tenus pour réellement solvables.

Les conséquences ?

Les rendements sur les portefeuilles des fonds de pension vont baisser durablement. Et cette tendance ne peut être compensée que par des portefeuilles plus risqués…

Côté banques, plusieurs études ont montré que les taux négatifs n'ont pas un impact grave que prévu sur leurs bénéfices, car elles peuvent les compenser par d'autres revenus (frais facturés à la clientèle) et des gains sur la valeur des actifs.

Quant aux banques centrales, oui, elles peuvent recourir à des taux négatifs, a insisté Cédric Tille. Mais il y a une limite, dans ce territoire négatif. Les banques centrales ne peuvent pas tout résoudre.

Les options ?

Le professeur Tille préconise d'agir via la politique budgétaire, car les dépenses publiques stimulent directement la demande. Ces dernières influent directement sur le comportement des ménages, qui ont alors une propension accrue à dépenser.
 
Une autre solution consiste à créer un fonds souverain. Mais celui-ci devrait être totalement indépendant de la BNS. A quoi servirait un tel instrument? Investir à long terme. Divers scénarios de rendements calculés par Cédric Tille indiquent des revenus potentiels situés entre 700 millions et 2 milliards de francs par an pour un fonds de 70 milliards, ce qui correspond à 10% du PIB suisse.


Découvrir la présentation du Prof. Tille